Florent Pasek, candidat à la mairie d'Hérin, dans le Nord, le 5 février 2026 ( AFP / Francois LO PRESTI )
En tractage dans les rues d'Hérin, près de Valenciennes (Nord), Florent Pasek, 24 ans, candidat à la mairie et élu d'opposition depuis ses 18 ans, veut montrer que "la jeunesse n'est pas un frein", alors que l'âge moyen des élus augmente.
Un samedi d'hiver, ce professeur d'histoire-géographie dans un collège REP, candidat sans étiquette issu de la gauche, a choisi le quartier des corons, modestes constructions de briques où logeaient autrefois les mineurs, pour une session de porte à porte avec ses colistiers, âgés de 21 à 77 ans.
Parmi les préoccupations évoquées par les habitants reviennent l'isolement, l'absence de commerces ou la fermeture de l'école du quartier.
"Vous êtes jeune, donc vous avez beaucoup d'idées", lance entre deux portes une habitante quinquagénaire, un petit enfant entre les jambes, espérant "qu'il y aura du changement et que vous allez passer".
"Les autres sont là depuis des années, à un moment, faut changer", s'exclame de son côté Yannick Nollet, 46 ans, père isolé sans emploi en invalidité.
"Pour certains, ils sont élus depuis les années 90, et je me dis que le changement ne peut pas venir du passé", abonde le candidat.
Le maire actuel de la bourgade minière, Jean-Paul Comyn, un retraité de 66 ans qui achève son deuxième mandat, ne se représente pas.
- "Vieillissement accru" -
Florent Pasek, candidat à la mairie d'Hérin, dans le Nord, le 5 février 2026 ( AFP / Francois LO PRESTI )
Seuls 3,9% des maires avaient moins de 40 ans en 2021, contre 5,3% en 2001 et 12% en 1983, alors que près de la moitié avait plus de 60 ans, selon la direction générale des collectivités locales.
"Il y a un vieillissement accru", constate Laurent Lardeux, sociologue et chargé de recherche à l'INJEP (Institut national de la jeunesse et de l'éducation populaire): "à chaque élection municipale, la part des moins de 40 ans diminue fortement".
Selon lui, "il faut accorder aux jeunes la confiance nécessaire, parce que c'est difficile pour eux de faire campagne, ils sont renvoyés à leur âge" qui peut être associé "à de l'incompétence ou de l'inexpérience".
Pour Florent Pasek également, certains électeurs "peuvent avoir peur de se dire +on va confier notre ville (...) à un jeune de 24 ans+".
Le candidat a commencé à s'intéresser à la politique au lycée, à 15 ans, estimant que les jeunes ne sont "pas assez (...) pris en compte": "on ne va pas vers eux, on considère qu'on sait mieux qu'eux ce dont ils ont besoin".
- "Précieux" -
Laurent Lardeux confirme "une perte de confiance pour la politique traditionnelle, un faible intérêt à s'impliquer" chez les jeunes, surtout "dans les territoires ruraux et périurbains".
Ils ont plutôt tendance à s'investir "au niveau associatif" ou en manifestant, "une autre façon de participer politiquement qui ne passe pas par le vote ou par les partis", selon lui.
"Les jeunes ne se désengagent pas, mais ils s'engagent différemment", notamment "sur les réseaux sociaux", renchérit le président de l'Association des jeunes élus de France, Florent Rossi, 24 ans. Plus jeune adjoint de France en 2020, il est candidat républicain à la mairie d'Auribeau-sur-Siagne, pittoresque village perché des Alpes-Maritimes.
"C'est précieux pour les communes d'avoir des conseils municipaux représentatifs de la population", avance-t-il. "Des petites communes rurales souffrent d'un manque de vision parce que c'est le même maire pendant six mandats, qui renouvelle peu ses adjoints qui ont 75 ou 80 ans".
Un temps étudiant à Paris en parallèle de son mandat, Florent Rossi a dû faire de fréquents allers-retours à ses frais. "Je suis passé par toutes les phases: adjoint étudiant, en année de césure, en alternance", explique-t-il.
La loi sur le "statut de l'élu local", promulguée en décembre, contient des mesures destinées à faciliter l'engagement des jeunes. Elle crée notamment un statut d'élu étudiant - alors que ces derniers représentent 0,69% des élus, contre 4,5% de la population -, qui prévoit par exemple le remboursement des frais engagés ou l'aménagement de la scolarité.
Florent Pasek, lui, appelle sa génération à "se saisir de cette élection" et ne pas "laisser les autres décider pour eux". "C'est eux qui vont voir la ville transformée", souligne-t-il.

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